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Na-Cho Nyak Dun – La terre comme source d’apprentissage

Na-Cho Nyak Dun – La terre comme source d’apprentissage

Betty Lucas fait partie de la Première Nation des Na-Cho Nyak Dun. Indépendante et tenace, cette aînée possède de vastes connaissances qui lui ont été transmises par les générations antérieures.

Dans sa maison à Mayo, Betty, 81 ans, s’installe à table, une odeur de ragoût de lapin et de thé fraîchement infusé envahit la cuisine.

Le temps froid n’empêche pas cette aînée de faire ses valises et de se rendre à son campement en pleine nature pour faire de la couture.

Mme Lucas affirme que rien n’est plus important que ces excursions à l’extérieur de son territoire. Elle campe toute seule, en compagnie de son chien.

Mme Lucas ramasse du bois et prend soin des choses. De nombreux souvenirs refont surface : ses promenades dans le vieux village, la cueillette des petits fruits pendant toute la journée, les activités de chasse et de piégeage, ou encore les bons moments passés en compagnie de ses amis et de sa famille. Elle a passé une grande partie de sa vie à vivre des produits de la terre.

« C’était génial. On remontait la rivière, on allait à la chasse, puis on apprenait aux enfants à découper la viande, à chasser, à piéger les animaux et à couper des billes de bois pour les transporter jusqu’à la rivière... »

Mme Lucas continue de piéger le lynx et la martre, de tanner le cuir et de cueillir les petits fruits. Ces activités lui rappellent ses promenades autour du vieux village : « On sortait, on se gavait de petits fruits et on se promenait dans la brousse toute la journée », se souvient-elle. Elle espère que la Première Nation continuera à organiser des excursions pour les citoyens souhaitant faire un retour à la terre.

Maintenir des liens solides

Il est important que les citoyens de la Première Nation des Na-Cho Nyak Dun conservent un lien étroit avec la terre et découvrent les modes de vie de leurs ancêtres sur ce territoire afin de prendre des décisions éclairées, explique Joella Hogan, citoyenne et directrice du patrimoine de la Première Nation (en anglais).

L’entente définitive et l’entente sur l’autonomie gouvernementale des Na-Cho Nyak Dun confèrent à la Première Nation le pouvoir de prendre des décisions et de se prononcer sur les enjeux qui touchent ses terres désignées et son territoire traditionnel. « Les revendications territoriales et l’autonomie gouvernementale nous ont mis au cœur de la prise des décisions. Les citoyens prennent de meilleurs décideurs lorsqu’ils comprennent l’importance de la terre, notre lien avec celle-ci et nos systèmes de connaissance », explique Mme Hogan.

« Il est important que les citoyens puissent renouer avec les endroits où leurs ancêtres ont voyagé, où leurs familles ont vécu. C’est important qu’ils aient la possibilité de pratiquer la récolte, de préserver les activités traditionnelles et de subsistance, ou encore de s’adonner à des activités modernes, tout en ayant la capacité d’évoluer et s’adapter », ajoute-t-elle.

Autonomie gouvernementale

La Première Nation des Na-Cho Nyak Dun (en anglais) est la collectivité la plus au nord du peuple des Tutchones du Nord. Na-Cho Nyak signifie « grande rivière » en français et désigne en tutchone du Nord la rivière Stewart, qui demeure importante pour les citoyens de cette Première Nation.

Grâce à la négociation et à la signature de l’entente définitive des Na-Cho Nyak Dun en 1993, la Première Nation est désormais mieux outillée pour préserver ses traditions ainsi que ses liens étroits avec la terre.

Les ministères du gouvernement des Nacho Nyak Dun collaborent avec les citoyens ainsi que d’autres gouvernements et organismes pour envisager ensemble la possibilité d’aménager un certain nombre de sites patrimoniaux sur leurs terres désignées et leur territoire traditionnel. 

Pour ce faire, il faut notamment restaurer le site du « vieux village », mettre au point l’histoire orale portant sur le site Lansing Post et reconstruire des sentiers traditionnels ainsi que des campements en plein air au lac Ethel, afin que les visiteurs puissent participer à différentes activités culturelles telles que le séchage du poisson, la couture, le perlage ou la narration de récits.

Les initiatives découlant de l’entente définitive visent en grande partie à préserver le rôle d’« ambassadeur » du territoire assumé par les citoyens et à surveiller tout changement, affirme Mme Hogan.

« Nous tentons de donner aux visiteurs la possibilité de faire des activités de groupe, d’installer des lignes de piégeage en équipe et de participer à des événements culturels, ajoute-t-elle à propos des efforts que les Na-Cho Nyak Dun déploient pour préserver leurs récits et leur lien étroit avec la terre. Beaucoup de gens ont délaissé certains de ces endroits; nous nous efforçons de rapprocher les gens de ces endroits », conclut-elle.

Attraits importants

Certains membres de la Première Nation des Na-Cho Nyak Dun ont vécu sur le site Lansing Post (en anglais) avant de s’installer dans la région de Mayo. Ce site était, et demeure, très important pour notre peuple parce que les gens de la collectivité continuent d’être mis au courant de l’existence de cet endroit, explique Joella Hogan. Il en va de même pour des endroits comme le lac Ethel et Fraser Falls, le long de la rivière Stewart.

Au campement du lac Ethel, la Première Nation propose tous les deux ans le programme de baccalauréat en travail social du Collège du Yukon. « Nous profitons de cette occasion pour faire part de nos connaissances, de notre culture et de notre rôle spécial sur la terre », ajoute Mme Hogan. Ce programme permet d’initier les futurs travailleurs sociaux du territoire à la culture de la Première Nation afin qu’ils puissent mieux faire leur travail, en s’appuyant sur les connaissances qu’ils ont acquises sur la terre auprès des citoyens du peuple des Na-Cho Nyak Dun.

L’industrie minière, le Conseil de gestion de la faune aquatique et terrestre et d’autres intervenants utilisent également le campement du lac Ethel pour se familiariser avec les traditions et la culture des Tutchones du Nord.

« Nous sommes disposés à accueillir les visiteurs là-bas. L’objectif consiste à faire connaître notre culture et notre histoire, en vue de favoriser une réconciliation. »

Faire connaître notre culture et notre histoire

Frank Patterson, citoyen de la Première Nation des Na-Cho Nyak Dun, affirme qu’il se considère comme un aîné en formation. Cela implique beaucoup d’apprentissage et d’enseignement également. Ses petits-enfants et lui se rendent à Te Kwan Te Mun (le lac Ethel).

« Les moyens de survie traditionnels sont importants pour la Première Nation. Nous sommes en train de perdre notre langue. Si nous ne sensibilisons pas les jeunes générations, les valeurs traditionnelles disparaîtront aussi. »

Quels sont les plus beaux souvenirs de M. Patterson? La pratique du piégeage et de la pêche au saumon en compagnie de ses petits-enfants. « De cette manière, je leur transmets mes connaissances; je leur apprends à respecter la terre », précise-t-il.

Blaine Peter, citoyen de la Première Nation des Nacho Nyak Dun, explique qu’il se promène en pleine nature avec ses deux jeunes enfants le plus souvent possible. Son grand-père lui a appris à vivre des produits de la terre (chasse, piégeage et pêche).

Peter estime qu’il est capital d’expliquer à ses enfants, Ryder, 5 ans et Preston River, 3 ans, ce lien important afin de transmettre les enseignements et les connaissances qu’il a acquis.

« Il est important de leur apprendre non seulement à respecter les animaux et le territoire où nous vivons, mais aussi à en prendre soin. Les rivières sont le cœur et l’âme de ce pays. Tout dépend des rivières. C’est notre mode de vie. »

Peter ajoute qu’il fait tout son possible pour transmettre les enseignements traditionnels.

« Certains d’entre nous ont un lien particulier avec cette terre. C’est elle qui prend soin de nous, qui nous nourrit, et qui répond à la majorité de nos besoins fondamentaux. Il est important de préserver ce lien et de transmettre notre mode de vie traditionnel aux générations à venir. »

Respect de la terre = Prise de décision éclairée

« Lorsque nous prenons des décisions au sujet de la terre, nous devons bien maîtriser ce sujet. Nous devons bien connaître la terre; pour ce faire, nous devons écouter les récits des aînés et tirer profit de leur savoir », indique Joella Hogan.

« Grâce à ce savoir, les Na-Cho Nyak Dun sont en mesure de prendre des décisions sur leur terre en se basant sur la mémoire et les connaissances des générations antérieures », conclut Mme Hogan.

Pour en savoir plus :

Site patrimonial Lansing – Planification de la gestion du patrimoine (en anglais)

Formation sur la sensibilisation à la culture des Na-Cho Nyak Dun (en anglais)

 

  • Na-Cho Nyak, meaning ‘Big River’ in English, is the Northern Tutchone name for the Stewart River. The river remains of central importance to Na-Cho Nyak Dun citizens. (Photo: Frits Meyst)
  • Persis Hager prepares fish at the Na-cho Nyak Dun fish camp at Fraser Falls on the Stewart River. This is an important place for citizens to learn about traditional ways of survival. (Photo: Frits Meyst)
  • Betty Lucas is a fierce, independent Na-Cho Nyak Dun Elder armed with generations of knowledge passed down to her. (Photo: Frits Meyst)