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Doòli dän k’I hats’adän – La revitalisation des enseignements des Tutchones du Nord au profit des générations futures

Doòli dän k’I hats’adän – La revitalisation des enseignements des Tutchones du Nord au profit des générations futures

Les récits sont puissants. Chez les Tutchones du Nord (Hude Hudӓn), les récits sont des enseignements, des lois traditionnelles qui représentent leur mode de vie. Ces coutumes et lois traditionnelles sont appelées « Dooli ».

Grâce aux les lois traditionnelles Dooli, les citoyens de la Première Nation de Little Salmon/Carmacks  (en anglais), en particulier les enfants, découvrent la véritable identité des Tutchones du Nord.                                                       

Depuis 2000, les responsables du projet de valorisation des Dooli des Tutchones du Nord, Doòli Dӓn K’I, s’emploient à élaborer des documents et à revitaliser les principes et les lois traditionnels.

« À l’origine, les Dooli étaient les lois non écrites qui régissaient tous les aspects de la vie... et toutes les pensées et interactions avec les plantes, les animaux et le monde qui nous entoure. Nos ancêtres ont hérité de ce savoir traditionnel et de ces enseignements de leurs parents et des aînés afin que chacun d’entre nous ait la possibilité de mener une bonne vie. Les Dooli nous ont aidés à prendre soin les uns des autres, de la terre et de l’eau, des ressources halieutiques et fauniques, et du reste du monde qui nous entoure, affirme Viola Mullett, citoyenne de la Première Nation de Little Salmon/Carmacks. »

Hats’adän signifie enseignements ou apprentissage.

« Bien avant l’arrivée des Hude Hudӓn, il fut un temps où le monde était jeune, les animaux se ressemblaient et communiquaient entre eux. À l’époque, même les animaux, qui venaient tout juste d’arriver sur Terre, avaient beaucoup à apprendre sur la survie et le respect. Plus tard, ils ont enseigné ces leçons aux ancêtres (Hude Hudӓn) et c’est ainsi que les Dooli ont vu le jour », peut-on lire dans Nena Dooli, un livret de Dooli qui traite des ressources halieutiques et fauniques ainsi que des lois traditionnelles des Tutchones du Nord. 

« De nos jours, la Nation des Tutchones du Nord est la preuve vivante que les Dooli des ancêtres étaient très efficaces », peut-on lire dans le livret. 

Renouer avec la culture des Tutchones du Nord

Le projet de valorisation des Dooli, Doòli Dӓn K’I, vise essentiellement à aider les citoyens de la Première Nation de Little Salmon à renouer avec leur identité. La Première Nation, dont le territoire est situé dans le centre-sud du Yukon, a signé en 1997 une entente définitive et une entente sur l’autonomie gouvernementale avec les gouvernements fédéral et territorial.

« À mon avis, le programme Dooli a joué un rôle de premier plan dans la revitalisation de notre culture, déclare Chantal Rondeau, mère et citoyenne de la Première Nation de Little Salmon/Carmacks. Pendant longtemps, peu de gens racontaient nos récits. Ce n’est plus le cas aujourd’hui : de plus en plus de jeunes femmes font de la couture et tentent de tirer des leçons de l’expérience de leurs ancêtres. Je suis désormais en mesure de lire ces livres à ma fille alors que, moi, je n’y avais pas accès durant mon enfance. Pour cette raison, je veux m’assurer qu’elle connaît sa culture le mieux possible », ajoute-t-elle.

Jusqu’à présent, on a imprimé plus de 20 livrets différents illustrés qui racontent des récits axés sur les lois Dooli traditionnelles.

Distribués dans les écoles des collectivités des Tutchones du Nord, ces livrets aident les élèves à acquérir des connaissances sur les Dooli et à transmettre leur savoir traditionnel. Des clips animés et des activités d’apprentissage s’adressant aux enfants d’âge préscolaire sont disponibles en ligne.

Au cours des 17 dernières années, les trois nations des Tutchones du Nord de Little Salmon/Carmacks, de Selkirk et de Na-Cho Nyack Dun ont mis au point le Doòli Dan K’i Northern Tutchone Hudę Hudän K’I (K’ete) Hats’dän, c’est-à-dire un code traditionnel d’éthique et de conduite. Elles ont également élaboré vingt-trois livres d’histoires qui portent sur les Hats’adan (apprentissage) et s’adressent aux garderies et aux enfants d’âge scolaire, en plus d’avoir développé d’autres outils éducatifs. Dans les écoles de la Première Nation des Tutchones du Nord, les enseignants se sont servis de ces livres pour concevoir leurs plans de cours.

« Notre culture est ancrée dans nos récits, c’est notre moyen de transmission du savoir. Grâce à elle, nos ancêtres ont pu, d’une part, nous transmettre leur savoir et, d’autre part, mener une bonne vie tout en respectant les valeurs des Tutchones du Nord... Le programme Dooli est essentiel, car il permet de préserver la mémoire de nos aînés et de sauvegarder nos récits », affirme Mme Rondeau.

Elle lit les récits à sa jeune fille, Nashawa (crocrus en tutchone du Nord). « Ces récits racontent des événements du passé et font tous ressortir des enseignements tirés des Dooli. Par exemple, un récit qui porte sur une loutre montre le comportement à adopter face à cet animal », explique Mme Rondeau.

Faire connaître les Dooli

Le but est de faire connaître aux générations futures les récits, les modes de gouvernance, les principes, les lois et les valeurs traditionnelles des Tutchones du Nord.

Pour ce faire, il faut aller sur le terrain, à savoir le territoire traditionnel des Tutchones du Nord.

Les journées de réflexion annuelles des tantes (Auntie’s Retreat en anglais) permettent à de jeunes femmes d’acquérir des connaissances auprès des aînées et des jeunes aînées. En plus de préparer les cuirs destinés au tannage et de se familiariser avec la langue, les lois Dooli et le lien avec la terre, le groupe apprend à fabriquer des porte-bébés en écorce de bouleau.

« Les participantes racontent des récits autour d’un feu de camp... Cela permet aux gens de découvrir le territoire et d’en apprendre plus sur leur culture directement auprès des aînées. C’est une expérience enrichissante pour les jeunes », ajoute Mme Rondeau. 

Pour ce faire, les participants font part de leur savoir.

« Des journées de réflexion des oncles (Uncles’ Retreat en anglais) sont également organisées chaque année. Les aînés et les jeunes hommes de la Première Nation des Tutchones du Nord se rassemblent pour discuter, découvrir ou redécouvrir les lois traditionnelles Dooli et les principes nécessaires pour être un bon citoyen de la Première Nation des Tutchones du Nord », explique Mme Mullett.

Le projet de valorisation des Doòli propose un certain nombre d’activités visant à acquérir des connaissances sur les valeurs des Dooli. Mentionnons notamment les journées de réflexion annuelles des oncles et des tantes, les réunions avec les aînés et les jeunes, les réunions avec les aînés et les citoyens de la Première Nation des Tutchones du Nord pour rétablir les pratiques traditionnelles d’appellation, ainsi que le voyage à Ottawa pour identifier les artefacts historiques et renouer avec la culture.

Fondements des modes de gouvernance

D’après Mme Rondeau, la capacité d’intégrer les valeurs et les principes des Dooli de la Première Nation de Little Salmon à l’entente sur l’autonomie gouvernementale contribue à assurer leur autodétermination.

« Cela est lié aux ententes. Lors de la mise en place d’un gouvernement, il est essentiel de tenir compte de ces principes directeurs. Les Dooli et les plans de cours servent de base à nos modes de gouvernance et nous aident à renforcer notre autonomie », explique-t-elle. 

  • Over 20 different traditional, illustrated Dooli story booklets are in print. These booklets are brought into the schools in Northern Tutchone communities to help students learn and pass on Dooli knowledge.