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Développer la capacité pour renforcer l’autonomie gouvernementale : le programme de gouvernance et d’administration publique des Premières Nations offert par le Collège du Yukon
juillet 26, 2018

Développer la capacité pour renforcer l’autonomie gouvernementale : le programme de gouvernance et d’administration publique des Premières Nations offert par le Collège du Yukon

Lorsque les premiers diplômés du programme de gouvernance et d’administration publique des Premières Nations ont assisté à leur cérémonie de remise des certificats au Collège du Yukon en 2013, Tosh Southwick, directrice des initiatives des Premières Nations, du perfectionnement scolaire et du développement des compétences au Collège du Yukon, affirme avoir ressenti une grande fierté.

Le programme de gouvernance et d’administration publique des Premières Nations du Collège du Yukon vise à favoriser le dialogue et à offrir aux étudiants du Nord la possibilité d’exceller dans leur travail.

Unique en son genre et reconnu par les universités, ce programme novateur permet aux étudiants d’acquérir les connaissances et les compétences nécessaires pour renforcer les gouvernements des Premières Nations et mettre en œuvre les ententes sur les revendications territoriales et l’autonomie gouvernementale.

« Je n’oublierai jamais les expressions sur leur visage; je suis fière de tout ce qu’ils ont accompli », affirme Mme Southwick, citoyenne de la Première Nation de Kluane.

Renforcer la capacité de gouvernance

Le certificat comporte dix cours obligatoires axés sur l’administration publique et la gouvernance et adaptés à la culture autochtone, ainsi que deux stages au choix facultatifs. Il permet aux étudiants d’acquérir les compétences, les connaissances et la formation pratique nécessaires à la mise en œuvre du modèle de gouvernance unique du Yukon.

Au Yukon, onze Premières Nations ont conclu des ententes sur les revendications territoriales et l’autonomie gouvernementale, soit plus que n’importe quelle autre province et n’importe quel autre territoire au Canada. Ces ententes ouvrent la voie à un nouveau mode de gouvernance, mais leur mise en œuvre nécessite beaucoup d’efforts et de connaissances.

Une grande partie de ces connaissances en matière de négociation et d’autogouvernance se trouve ici même au Yukon.

Le curriculum s’inspire des leçons tirées de la mise en œuvre des gouvernements autonomes depuis plus de 20 ans. Les étudiants viennent d’horizons différents; certains sont en début de carrière, tandis que d’autres possèdent plusieurs années d’expérience. Le programme se « fonde sur la mise en application et sur l’intégration des expériences des étudiants en classe », affirme Mme Southwick.

Apprendre les uns des autres

De nombreux étudiants travaillent activement pour le gouvernement d’une Première Nation, du territoire ou du Canada. Le programme leur donne l’occasion d’apprendre les uns des autres, mais aussi de raconter les leçons retenues et les défis relevés par leur gouvernement.

« Certains étudiants travaillent pour le gouvernement d’une Première Nation depuis plus de 15 ans. Leur expertise et leurs connaissances sont extrêmement utiles pour tous les étudiants qui se trouvent en classe », indique Mme Southwick.

Suzan Davy, citoyenne de la Première Nation de Carcross/Tagish et employée du gouvernement du Yukon, estime que ce transfert des connaissances des autres étudiants a été l’une des principales forces du cours. « La structure du programme favorise l’apprentissage mutuel, ce qui fait du cours une expérience très enrichissante. Le programme a été l’occasion de nouer des liens avec des employés des gouvernements du Canada, du territoire et des Premières Nations à l’échelle du Yukon. »

Des débuts très modestes

Lancé en tant que projet pilote auprès des Premières Nations de Champagne et de Aishihik en 2007, le programme visait à renforcer les connaissances et la capacité des dirigeants de ces Premières Nations. Grâce au soutien des gouvernements du territoire, du Canada et des Premières Nations, le projet pilote a pris de l’envergure pour inclure les employés de toutes les Premières Nations et ensuite les employés autochtones des gouvernements du Yukon et du gouvernement du Canada. De nos jours, le programme s’adresse à toutes les personnes qui s’intéressent à ces questions.

On prévoit élargir le programme pour qu’il mène à l’obtention d’un grade, ce qui en ferait le premier diplôme universitaire « maison » du Yukon.

« Le programme a mis en place un modèle de partenariat qui a révolutionné la façon dont les établissements d’enseignement s’associent avec les Premières Nations. Il a également remporté un énorme succès auprès des étudiants, car il leur permet d’acquérir des compétences pertinentes qu’ils appliqueront sans tarder dans leur collectivité. Chaque fois que nous avons l’occasion de renforcer la capacité du territoire à mettre en œuvre nos ententes, c’est une belle réussite à nos yeux », explique Mme Southwick.

Les ententes définitives et les ententes sur l’autonomie gouvernementale étant en vigueur, il est important de « s’assurer que tous les membres et ordres de gouvernement ont une expérience pertinente dans le domaine des ententes et procèdent à leur mise en œuvre de manière concertée, ajoute-t-elle. Au Canada, aucun autre programme n’aide les Premières Nations et les personnes qui ne font pas partie des Premières nations à mettre en œuvre les ententes d’autonomie gouvernementale », mentionne Mme Southwick.

Innovation

Ce programme d’études novateur « tient compte de la réalité des Premières Nations et du Nord, ce qui est très rare pour les résidents du Nord... Tous les aspects du programme, autant les exigences d’admission que les méthodes d’évaluation, répondent le mieux possible aux besoins des résidents du Nord », affirme Mme Southwick.

Cynthia James, citoyenne de la Première Nation de Carcross/Tagish, a travaillé pour le Conseil des Ta’an Kwächän avant de décider de consacrer une partie de son temps au programme. Le programme lui a permis de continuer à prendre soin de ses enfants, tout en l’aidant à poursuivre ses objectifs professionnels.

« Le programme répond vraiment à mes besoins... Il couvre tous les aspects de la structure de gouvernance des gouvernements des Premières Nations », mentionne Mme James.

Elle affirme que le programme lui a donné la liberté de se pencher sur de nouvelles idées en tant que résidente du Nord.

« Le programme nous a permis de rêver. À mon avis, cet aspect a vraiment motivé chacun d’entre nous à retourner à notre emploi et à faire preuve d’initiative... Quelle expérience incroyable! Tout au long du programme, qui est sur le point de mener à l’obtention d’un grade, nous avions l’impression d’avoir toutes les aptitudes nécessaires. Le diplôme est reconnu et je peux l’utiliser partout au Canada », explique Mme James.

Le Yukon compte près de la moitié de toutes les ententes sur les revendications territoriales globales et sur l’autonomie gouvernementale au Canada. Ainsi, ce programme novateur reflète bien le caractère novateur des modes de gouvernance du Yukon. « Nos modes de gouvernance sont en train de marquer l’histoire, car ils sont uniques en leur genre », conclut Mme James.  

Accroître la compréhension

Lisa Hutton, citoyenne de la Première Nation des Tr'ondëk Hwëch'in, a obtenu son diplôme en 2015.

Mme Hutton occupe le poste de négociatrice des ententes de transfert de programmes et de services au sein du ministère des Affaires autochtones et du Nord Canada. Elle affirme que le programme permet de bien comprendre le contexte du Yukon et le rôle fondamental des ententes dans la province.

« Le programme aborde les bases sur lesquelles reposent nos ententes et les divers programmes qui touchent différentes sections de ces ententes. Il traite de l’histoire du Yukon, de ses buts et de ses objectifs. Il permet de connaître les modes de gouvernance et de cerner le travail qu’il reste à faire. Pour ces raisons, j’estime que ce programme est important pour mieux comprendre le contexte », affirme Mme Hutton.  

Suzan Davy, qui travaille pour le gouvernement du Yukon, est d’accord avec ces propos. « Après 13 ans d’expérience dans le domaine de la mise en œuvre, le programme de gouvernance et d’administration publique des Premières Nations m’a permis de me concentrer sur l’histoire des ententes et le contexte qui nous a menés à la situation actuelle. Dans le cadre d’un de mes projets, j’ai dû lire le document Together Today for our Children Tomorrow (Ensemble aujourd’hui pour nos enfants demain). C’est incroyable de découvrir à quel point cette vision a inspiré toutes les ententes définitives et les ententes sur l’autonomie gouvernementale que nous avons conclues. »

Jeter les bases de la réconciliation

« À mon avis, la réconciliation est au cœur de tous les volets du programme. Le concept de partenariat favorise la réconciliation. Les concepts abordés durant le programme sur la façon de gouverner ensemble favorisent la réconciliation. La reconnaissance des droits inhérents des Autochtones au Canada au cours des 150 prochaines années favorise la réconciliation. La connaissance de l’histoire coloniale et du contexte qui nous a menés à la situation actuelle favorise la réconciliation. Enfin, en nous assurant que les étudiants comprennent l’incidence de certaines lois telle que la Loi sur les Indiens et la façon de contourner ces outils coloniaux, nous favorisons la réconciliation », indique Mme Southwick.

« En unissant nos forces, nous sommes en mesure de réaliser des projets plus efficaces et plus importants qui profitent à tous les Yukonnais, non seulement aux gouvernements et aux collectivités des Premières Nations, mais plutôt à l’ensemble des Yukonnais. Ce programme fait ressortir la façon dont la collaboration contribue réellement à l’autonomie gouvernementale au Yukon », affirme Mme Hutton.

Le programme permet de mieux comprendre les « avantages que ces ententes procurent au Yukon et non seulement aux Premières Nations, mais plutôt à tous les Yukonnais, voire à tous les Canadiens », ajoute-t-elle.

Mme Southwick est d’accord.

« Le programme nous aide à concilier des points de vue divergents lors des débats et à comprendre que nous visons tous le même objectif », explique-t-elle.

« Cela profite à tous les Yukonnais parce que nous unissons nos forces pour améliorer leur qualité de vie et leur permettre de s’épanouir. L’essor des Premières Nations se traduit pas l’essor du Yukon et du Canada », conclut-elle.

Le programme de gouvernance et d’administration publique des Premières Nations facilite la mise en œuvre, par ailleurs laborieuse, des ententes, car il permet de favoriser le transfert des connaissances et de mieux comprendre le contexte.

  • Former First Nations Governance and Public Administration student Cynthia James says about governance in Yukon, “we are making history every day because there are no other governance processes like it.” (Photo: archbould.com)
  • Lisa Hutton (left), who works for Indigenous and Northern Affairs Canada, took the First Nations Governance and Public Administration program. “Working together, I think we are just able to do much bigger and better projects that benefit all Yukoners, not only the First Nations governments and communities, but Yukoners as a whole. This program is one of those areas where it really highlights how working together really advances self-government here in the Yukon.”
  • First Nations Governance and Public Administration student Lily Sembsmoen listens to the class discussion. (Photo: archbould.com)